Edito


6ème dimanche temps ordinaire année C – 17 février 2019.
 

OPIUM OU SAGESSE ?


Prétendre que quelque chose de mal est bon, voilà qui est abominable. Une vraie perversion. S’adressant à une foule de pauvres gens Jésus semble leur dire : vous êtes pauvres, vous avez faim, vous pleurez, vous êtes persécutés, c’est votre chance. Comme s’il prêchait la résignation plutôt que la lutte pour s’en sortir. Opium du peuple ? Et pourtant, les Béatitudes sont au cœur du message du Christ : un discours programmatique tranchant comme une lame.
 
Jésus ne dit pas aux pauvres qu’ils ont de la chance d’être démunis, de pleurer, d’avoir faim ou d’être persécutés. Mais que, dans la perspective du royaume de Dieu, leur situation, pour mauvaise qu’elle soit, n’est pas le dernier mot. Le destin d’un homme, d’une femme ne se limite pas à son actualité. Comme s’il disait : ne vous laissez pas enfermer dans un quotidien détestable, allez de l’avant, ne perdez pas confiance. André Chouraqui a bien traduit le mot « Heureux vous les pauvres » par « En marche les pauvres ! »
 
Par contre, quel malheur si vous êtes de ces riches d’un jour, satisfaits, repus de succès, célébrés, le monde à leurs pieds. Loin de les maudire, Jésus les plaint et les prévient : pauvres de vous si vous n’avez pas d’autre horizon que vos richesses et vos vaines jouissances.  Comme des taupes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, vous perdez de vue un horizon plus vaste. Votre avenir est compromis.

À la manière d’une caricature, les propos de Jésus sont une leçon sur le sens de la vie. Comme qui dirait : ton existence ne se limite pas à ce que tu vis actuellement. Un moment arrivera inexorablement où les valeurs se renverseront. Tu es en manque actuellement ? Si tu crois au royaume de Dieu tu peux t’attendre à autre chose de meilleur. Mais, manque de pot pour toi si tu mises sur un bonheur qui ne trouve pas de place dans le corbillard.

Pierre Emonet SJ