Edito

Le piège
 
Pour une fois, les pharisiens s’étaient unis à leurs ennemis, les Hérodiens, pour tendre un piège à Jésus. La religion permet-elle de payer l’impôt à l’empereur romain ? La question est perfide. Ils veulent le coincer. S’il répond oui, il est un collaborateur qui fait le jeu de l’occupant, un mauvais juif. Il se discrédite. S’il dit non, il est un opposant au pouvoir d’occupation, et il s’expose à ce que les romains le poursuivent pour incitation à la rébellion.
 
Reprenant les choses à partir d’en-haut, Jésus évite habilement le piège. Il ne se laisse pas entraîner sur le terrain politique ni enfermer dans le langage du permis et défendu ; il renvoie ses interlocuteurs à leur propre discernement : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».  Si la pièce de monnaie porte l’effigie de l’empereur côté face, elle lui appartient. Si côté pile une inscription dit que le César est une divinité, qu’ils se souviennent qu’au-dessus de lui il y a un Dieu, plus haut et plus décisif que la politique impériale. Qu’ils décident donc eux-mêmes, et qu’ils assument leur décision : à César ses sous, à Dieu leur conscience.
 
La réponse de Jésus oriente désormais les discussions sur le rapport entre la politique et la religion. Le pouvoir civil gère le bien commun terrestre de ses concitoyens. Sa compétence s’arrête aux limites de ce monde ; elle ne s’étend pas jusque dans l’au-delà ! La religion – les Églises – s’occupe de leur destin éternel. Liée à aucun système ou parti politique déterminé, son domaine est le monde transcendantal, celui des consciences et de l’éternité.
 
Parce qu’elles portent en commun le destin de l’homme, les deux instances doivent se respecter, sans chercher à empiéter sur le terrain de l’autre.
 
C’est ainsi que des hommes et des femmes qui professent le même credo, prient le même Notre Père et communient à la même table peuvent militer dans des partis qui s’opposent lorsqu’il s’agit de trouver des solutions concrètes pour la vie des citoyens.
Pierre Emonet SJ